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Mayotte et son maki
Quelle histoire singulière que celle du maki de Mayotte. L’animal a d’abord été classé par le naturaliste Schlegel au XIXème siècle comme une espèce à part entière, sous l’appellation de "Lemur mayottensis" (puis "Eulemur fulvus mayottensis"). Il est aujourd’hui reconnu comme appartenant à la même espèce que celle recensée à Madagascar, "Eulemur fulvus"… Pourquoi cette certitude ?
Pour de raisons essentiellement de logiques géologiques… Il y a 125 millions d’années un bras de terre africain se détache du bloc continental pour former l’île de Madagascar. Puis il y a environ 35 millions d’années, alors que les océans étaient à un niveau très bas, des radeaux naturels arrachés aux rives des grands fleuves africains vont dériver jusque sur l’île de Madagascar, emportant avec eux des prosimiens, ancêtres des 101 espèces et sous espèces vivantes de lémuriens connues à ce jour. Ce n’est qu’il y a 8 millions d’années que les îles volcaniques des Comores dont Mayotte vont émerger. Le niveau des mers est plus haut et les courants marins identiques à ceux d’aujourd’hui. Il n’y a plus dès lors qu’une seule solution possible

- Makis dans un goyavier (Ph. L. Tarnaud)
pour expliquer la présence de lémuriens à Mayotte, sachant que les îles océaniques vierges de toute forme de vie terrestre lorsqu’elles émergent de l’océan, sont progressivement colonisées soit par voie aérienne, soit par voie maritime : Ce ne peut être que les hommes qui au cours de leurs migrations les ont importé. Pourquoi ? le mystère reste entier ! toujours est-il que les premiers restes fossiles de lémuriens trouvés sur l’île à ce jour, étaient associés à des poteries et datent du 9ème siècle de notre ère. Ils correspondent aux premiers peuplements humains. Les hommes cohabitent ainsi avec les lémuriens de Mayotte depuis des siècles. Ce lien pourrait-on dire originel entre l’homme et l’animal à Mayotte a donné lieu à une mythique particulière : La mythologie raconte en effet que le lémurien est un homme qui a été changé en lémurien. « Taloha ankomba tsi ni ankomba, be ni binadamu »
Le mot komba ou ankomba (que vous retrouvez dans les récits mythologiques, ici pour parler de la transformation d’un homme en lémurien par punition divine) est le terme vernaculaire (KOMBA (shimahorais) ou ANKOMBA (shibushi) pour désigner le lémurien de Mayotte. Le Maki dans les représentations locales n’est donc pas, loin sans faux, un animal commun. Tout dans son comportement incite à comparaison et son anthropomorphisme l’a longtemps protégé par un Fady (un interdit) à la chasse et à la consommation.
Mais voilà que depuis plus d’une décennie, il prend un peu trop ses aises, au point d’envahir », aux dires des habitants, les villages et même de fréquenter la ville ! Que le maki soit un empêcheur de cueillir les fruits à point, cela n’est pas nouveau ! Mais sa présence devenue récurrente voire permanente dans les champs d’arboriculture est aujourd’hui reconnue comme une gêne importante, voire une nuisance, et jusqu’à une menace.

- Maki funambule sur un fil électrique pour traverser une rue (Ph. L. Tarnaud)
Les croyances traditionnelles qui classaient le lémurien parmi les espèces interdites (fady) à la chasse et à la consommation ne sont plus guère entendues. Non que le maki soit à présent chassé et consommé - même s’il existe toujours quelques “ irréductibles ” - mais la société mahoraise a connu une mutation considérable et extrêmement rapide accentué par un fort accroissement démographique remettant en cause tout un système socio-éonomique basé sur le droit coutumier et les croyances locales. Même si le maki a gardé un statut particulier du fait de son anthropomorphisme marqué, on ne croit plus beaucoup à l’histoire de sa métamorphose. Les histoires d’agression de lémuriens se multiplient et sont d’autant plus sévèrement jugées lorsqu’elles concernent les enfants. Ce changement de représentation s’il s’appuie sur des faits réels n’en est pas moins le résultat d’une anthropisation de plus en plus forte au détriment du couvert forestier nécessaire à la survie de l’espèce. Ne trouvant plus suffisamment à manger dans la forêt, les lémuriens font régulièrement “des descentes » jusque dans les champs de fruitiers. (Mangues, bananes, jaquiers, papayes, grenadiers, avocatiers, et jusqu’aux agrumes et au poivre, tout y passe).

- Maki en ville (Ph. J. Tonnabel)
Entre 2000 et 2010, la situation écologique de Mayotte s’est fortement dégradée et avec elle les relations hommes/milieu. L’accroissement démographique de la population humaine de Mayotte qui, selon les derniers chiffres de l’INSEE, a doublé en quinze ans (INSEE, 2007), s’accompagne inévitablement d’une occupation toujours plus grande de l’espace et d’une diminution accélérée du couvert forestier. Le phénomène d’anthropisation (urbanisation, infrastructures autoroutières et intensification agricole confondues) entraîne un appauvrissement préoccupant des zones forestières, habitats d’un grand nombre d’espèces animales, dont le lémurien. Ce dernier constitue un véritable indicateur écologique du milieu dans lequel il vit et interagit. Il permet d’analyser non seulement l’état d’un milieu naturel (recensement et régime alimentaire de l’espèce), mais également les changements de représentations et des usages des populations locales à l’égard de ce milieu.
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